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mars 2017

Les sociétés précolombiennes ont façonné la forêt amazonienne

SvolArw 128

© IRD/ Daniel Sabatier. Deux espèces domestiquées pour leurs fruits et leur fibres, abondantes dans les forêts amazoniennes (ici en Guyane) : le palmier pinot (ou açaï) et le palmier-bâche.

Une étude internationale coordonnée par l’Institut national de recherche d’Amazonie (INPA, Brésil) et l’Université de Wageningen (Pays-Bas), à laquelle ont participé des chercheurs français de l’IRD, du Cirad et de l’INRA, vient de montrer que les espèces d’arbres domestiquées par les populations amérindiennes et disséminées à travers le bassin amazonien avant 1492, occupent encore une place importante dans les forêts actuelles. Ces résultats, qui remettent fortement en cause l’idée selon laquelle les forêts amazoniennes étaient autrefois très peu modifiées par l’Homme, sont publiés dans la revue Science du 3 mars 2017.

L’équipe internationale, composée d’écologues et de chercheurs en sciences sociales, a travaillé à partir des données de plus de 1 000 relevés1 du réseau international Amazon Tree Diversity Network. Ils se sont notamment intéressés à 85 espèces d’arbres connues pour avoir été domestiquées par les populations précolombiennes pour leurs fruits, leur bois ou d’autres usages au cours des derniers milliers d’années (cacao, açai, noix du Brésil par exemple).

 

© IRD/Thomas Couvreur. La famille des palmiers, très diversifiée en Amazonie (ici au Brésil), comprend de nombreuses espèces domestiquées et largement disséminées par les populations amérindiennes précolombiennes.

© IRD/Thomas Couvreur. La famille des palmiers, très diversifiée en Amazonie (ici au Brésil), comprend de nombreuses espèces domestiquées et largement disséminées par les populations amérindiennes précolombiennes.

En comparant la composition des forêts situées à différentes distances de 3 000 sites archéologiques répartis à travers l’Amazonie , l’équipe a montré que les espèces domestiquées avaient 5 fois plus de chances d’être abondantes dans les inventaires d’arbres que les espèces sauvages . De plus, les espèces domestiquées se sont avérées plus communes et plus diversifiées dans les forêts proches des sites archéologiques.

« Pendant de nombreuses années, les études écologiques ont ignoré l’influence des populations précolombiennes sur les forêts actuelles. Nous avons montré qu’un quart des espèces d’arbres domestiquées d’Amazonie sont largement distribuées dans le bassin et dominent de larges étendues de forêts. Ces résultats indiquent clairement que la flore actuelle de l’Amazonie est en partie un héritage laissé par ses premiers habitants », précise Carolina Levis, doctorante à l’INPA et à l’Université de Wageningen, première auteure de l’étude.

Préserver la première forêt tropicale humide du monde

Cette étude a également permis de localiser les régions d’Amazonie qui concentrent les plus importantes populations d’espèces domestiquées , comme le Sud-Ouest. À l’inverse, dans le plateau des Guyanes, les espèces domestiquées sont bien moins représentées, et la relation entre les espèces domestiquées et les sites archéologiques s’avère moins évidente.

L’équipe insiste sur la nécessité de conduire des recherches complémentaires sur l’histoire récente de l’occupation amazonienne, afin de décrypter les interactions complexes entre les facteurs historiques, environnementaux et écologiques qui structurent les 16 000 espèces d’arbres de l’Amazonie.

Les résultats de cette étude ont de nombreuses implications en matière de conservation de la biodiversité . En effet, les espèces d’arbres domestiquées jouent encore un rôle vital pour les populations amazoniennes. Or, les régions où ces espèces se concentrent sont soumises à différents risques : déforestation, dégradation, constructions routières, exploitation minière… Les chercheurs insistent donc sur l’importance de préserver en priorité ces régions riches en biodiversité.

 

Note

1. Inventaires d’arbres sur des parcelles de 1 hectare.