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mai 2019

Exposition

Un monde d’images. Regards croisés sur les collections archéologiques de Bavière

Musée de Bibracte

du 13 avril au 11 novembre 2019

 

1. Clavettes d’essieu de char à tête de rapace. Alliage cuivreux sur tige de fer ; fonte à la cire perdue, forge et incrustation d’émail rouge (H. 11,4 cm. Manching (Bavière). IIe-Ier siècle av. J.-C. © Arch. Staatssammlung. Photo S. Friedrich.

Clavettes d’essieu de char à tête de rapace. Alliage cuivreux sur tige de fer ; fonte à la cire perdue, forge et incrustation d’émail rouge (H. 11,4 cm. Manching (Bavière). IIe-Ier siècle av. J.-C. © Arch. Staatssammlung. Photo S. Friedrich.

Nous vivons dans un monde envahi d’images produites ou véhiculées par la publicité, la télévision, le cinéma, les arts, l’édition, l’internet… Ces images disent notre vision du monde et donc ce que nous sommes.                                                            Le pouvoir des images était certainement encore plus fort à l’âge du Fer, à une époque où les images et les objets qui les portaient étaient bien plus rares et où l’image n’était pas encore concurrencée par l’écriture. Comment l’apparence visuelle des objets et ses changements au cours du dernier millénaire de la Préhistoire européenne peuvent-ils nous dire la façon dont nos prédécesseurs percevaient le monde et concevaient la place qu’ils y occupaient ?

 

2. Applique ornée d’une tête humaine. Alliage cuivreux ; fonte à la cire perdue et repoussé. Oppidum de Manching (Bavière), Ier siècle av. J.-C. © Arch. Staatssammlung. Photo S. Friedrich.

Applique ornée d’une tête humaine. Alliage cuivreux ; fonte à la cire perdue et repoussé. Oppidum de Manching (Bavière), Ier siècle av. J.-C. © Arch. Staatssammlung. Photo S. Friedrich.

 

Autant de questions que pose l’exposition Un monde d’images, à partir des exceptionnelles collections archéologiques de l’État de Bavière (Allemagne). En l’absence de témoignages écrits émanant directement des peuples de ces régions, seule l’étude des objets et des aménagements qui ont laissé des traces durables dans le sol nous permet de les aborder, par le biais de l’archéologie.

 

 Epée avec fourreau décoré d’un triskèle zoomorphe. Fer décoré par gravure et martelage (L. 85 cm ). Obermenzing, Munich (Bavière). IIIe-IIe siècles avant notre ère. © Arch. Staatssammlung. Photo S. Friedrich.

Épée avec fourreau décoré d’un triskèle zoomorphe. Fer décoré par gravure et martelage (L. 85 cm ). Obermenzing, Munich (Bavière). IIIe-IIe siècles avant notre ère. © Arch. Staatssammlung. Photo S. Friedrich.

Les objets présentés dans cette exposition couvrent tout le millénaire qui précède le changement d’ère, soit la toute fin de l’âge du Bronze et l’âge du Fer, jusqu’au moment où la Bavière, comme une grande partie de l’Europe tempérée, est englobée dans le monde romain. Dans ce contexte, les objets ornés se singularisent par les motifs qu’ils portent. Géométriques ou figuratifs, associés en des compositions abstraites ou pourvus de détails en prise avec le réel, nouant un lien intime avec la matière dans laquelle ils sont façonnés, les ornements semblent constituer un langage dont les codes nous échappent souvent. Pourtant, tantôt abordées à travers l’oeil de l’historien de l’art soucieux de définir un « art celtique » ordonné en une série de styles formels, tantôt envisagées sous l’angle anthropologique qui tente de les reconnecter aux sociétés qui les ont produites, les images léguées par la Protohistoire se font le reflet d’un monde à jamais disparu.

Fil chronologique

Si ce sont les monnaies qui, les premières, ont été reconnues par les érudits comme des productions proprement celtiques, il faut attendre les travaux du savant allemand Paul Jacobsthal (1880-1957), spécialiste des vases grecs, pour que l’iconographie des âges des métaux en Europe continentale soit observée sous l’angle de l’histoire de l’art. Les styles attestés par la culture matérielle des périodes dites « La Tène ancienne et moyenne » reçoivent le qualificatif d’art « celtique ».

 

Monnaie avec torque et globules. Or. Haute-Bavière, IIe-Ier siècles av. J.-C. © Arch. Staatssammlung. Photo S. Friedrich.

Monnaie avec torque et globules. Or. Haute-Bavière, IIe-Ier siècles av. J.-C. © Arch. Staatssammlung. Photo S. Friedrich.

Captivé par le répertoire singulier des motifs et formes curvilignes qui s’épanouit au nord des Alpes entre 500 et 300 avant notre ère, Jacobsthal apporte dans son ouvrage Early Celtic Art (1944) une contribution déterminante en définissant différents « styles », échelonnés dans le temps. Cette approche est enrichie et nuancée par les générations suivantes, avant que les méthodes de l’anthropologie n’invitent à s’intéresser à ce que ces images révèlent des sociétés qui les ont créées.

Art, objets, images

L’“art” est une catégorie qui découle de notre façon de penser le monde qui, héritière de plusieurs siècles de questionnements esthétiques, considère “l’œuvre d’art” comme l’expression de la volonté définie d’un “créateur” et qui distingue l’artiste de l’artisan. Pour étudier les objets produits par une société pour laquelle le statut d’artiste tel que nous l’entendons aujourd’hui était impensable, il nous faut nous défaire le plus possible de notre bagage mental et culturel d’hommes et de femmes du XXIe siècle et nous méfier des comparaisons avec notre époque.

 

Grande coupe à décor géométrique et figuré. Terre modelée et cuite ; décor estampé (diam. 43 cm). Nécropole de Schirndorf (Bavière), VIIe siècle av. n. ère. © Arch. Staatssammlung. Photo S. Friedrich.

Grande coupe à décor géométrique et figuré. Terre modelée et cuite ; décor estampé (diam. 43 cm). Nécropole de Schirndorf (Bavière), VIIe siècle av. n. ère. © Arch. Staatssammlung. Photo S. Friedrich.

Premier âge du Fer (période de Hallstatt)/Style géométrique (1000-480 av. J.-C.)

Pendant toute la durée du premier âge du Fer (ou période de Hallstatt), les artisans puisent dans un vaste répertoire géométrique établi à la fin de l’âge du Bronze. Il se décline sur toutes sortes de surfaces, notamment sur la terre cuite et sur la tôle de bronze travaillée au repoussé. Des figures animales et humaines simplifiées s’y immiscent parfois.

Le monde visuel de l’âge du Fer

La perception des images sollicite le sens de la vue, selon une expérience à la fois physique et mentale qui dépend de l’histoire personnelle, de l’éducation et de la culture de l’observateur. À l’âge du Fer, la rareté relative des images invitait probablement à leur accorder à chacune beaucoup de valeur. L’immense majorité de la population étant impliquée dans l’agriculture et le pastoralisme, la perception du monde est forgée par un cadre de vie rural qui juxtapose espaces plus ou moins jardinés et espaces sauvages, et qui est rythmé par l’alternance des saisons et leurs changements de lumière et de couleurs. L’expérience du monde est également fortement conditionnée par la disposition des lieux de vie, faits de maisons dispersées ou agglomérées, construites principalement en bois et en terre, où la vie domestique se déroulait dans une pénombre seulement atténuée par les flammes d’un foyer.

 

Fibule à masques (copie). Original en alliage cuivreux ; fonte à la cire perdue et martelage (L. 8,8 cm). Parsberg (Bavière), Ve siècle av. J.-C. © Arch. Staatssammlung. Photo S. Friedrich.

Fibule à masques (copie). Original en alliage cuivreux ; fonte à la cire perdue et martelage (L. 8,8 cm). Parsberg (Bavière), Ve siècle av. J.-C. © Arch. Staatssammlung. Photo S. Friedrich.

Second âge du Fer (période de La Tène)/Premier style laténien ou style sévère (480-380 av. J.-C.)  

Composite, ce style donne plus de place aux figures humaines et animales, parfois mêlées à des végétaux au sein de compositions qui puisent dans le répertoire “orientalisant” qui alimente depuis le début du millénaire l’iconographie de l’Europe continentale. À partir de la fin du Ve siècle, le « style végétal continu », identifié dans la tombe de Waldalgesheim (vallée du Rhin), décline les rinceaux et palmettes qui ornent à la même époque les vases grecs, à la surface d’objets variés : parures, armes, vaisselle…

Les objets, médium de communication

Différents critères déterminent l’attention que nous portons à un objet : ses dimensions, sa couleur, ses lignes, son relief, sa texture, son éclairage, son mouvement, le cadre dans lequel il s’inscrit, son association à d’autres objets, la faculté de mobiliser d’autres sens que la vue pour l’appréhender. Il ne fait pas de doute que ces critères étaient présents à l’esprit des fabricants et des commanditaires de la plupart des objets qui nous sont parvenus de l’âge du Fer.                                                   Ces objets ont été fabriqués avec l’intention de les montrer, à l’échelle de la maisonnée ou dans l’espace public. Ils participent donc d’une véritable idéologie visuelle qui se décline sur différents supports.

 

Agrafe de ceinture. Alliage cuivreux ; fonte à la cire perdue et gravure (L. 16 cm). Hölzelsau (Tyrol, Autriche). IVe siècle av. J.-C. © Arch. Staatssammlung. Photo S. Friedrich.

Agrafe de ceinture. Alliage cuivreux ; fonte à la cire perdue et gravure (L. 16 cm). Hölzelsau (Tyrol, Autriche). IVe siècle av. J.-C. © Arch. Staatssammlung. Photo S. Friedrich.

 

Second âge du Fer/Style “plastique” ou Cheshire style (320-220 av. J.-C.)

Le style se réfère aux motifs curvilignes protubérants portés surtout par des bracelets et anneaux de cheville en bronze obtenus par fonte à la cire perdue. Son nom anglais évoque le chat du Cheshire d’Alice au pays des merveilles, qui avait la faculté d’apparaître et de disparaître à volonté, tout comme les figures humaines et animales qui surgissent quand on regarde, sous certains angles, les motifs exubérants de ce style.

Second âge du Fer/Style tardif ou style des oppida (220-50 av. J.-C.)

Alors que les relations commerciales puis politiques avec le monde méditerranéen se resserrent et que naissent de vastes agglomérations marchandes parfois pourvues d’un rempart (les oppida), les objets désormais fabriqués en grande série perdent leurs décors exubérants. Les figurations animales et humaines témoignent d’un nouveau souci de réalisme tandis que les motifs curvilignes typiques des styles précédents finissent par disparaître. La monnaie nouvellement introduite est le support privilégié des créations les plus abouties de la période.

 

Anneau de cheville. Alliage cuivreux ; fonte à la cire perdue (diam. 13,5 cm). Altenerding (Bavière), IIIe siècle av. J.-C. © Arch. Staatssammlung. Photo S. Friedrich.

Anneau de cheville. Alliage cuivreux ; fonte à la cire perdue (diam. 13,5 cm). Altenerding (Bavière), IIIe siècle av. J.-C. © Arch. Staatssammlung. Photo S. Friedrich.

Des images qui reflètent l’ordre du monde

À l’instar des sociétés traditionnelles qui laissent peu de place à l’individu, l’ordre social de l’âge du Fer était en permanence réactivé par des pratiques collectives (banquets, cérémonies funéraires, etc.), qui mobilisent des objets dont la forme et le décor peuvent être lus comme des reflets de l’organisation sociale. Les décors géométriques du début de l’âge du Fer relèvent de communautés rurales, dotées d’un univers symbolique que nous peinons à interpréter. Le style résolument différent qui s’impose au Ve siècle avant notre ère, avec ses courbes et figures monstrueuses, semble témoigner d’une nouvelle vision du monde, dans lequel les communautés sont interconnectées à longue distance et attentives à affirmer leur identité propre face à un plus grand nombre de voisins. Un nouveau tournant se produit au IIe siècle avant notre ère avec l’apparition d’objets nettement standardisés, souvent produits en masse. Ils semblent exprimer l’émergence d’une société nouvelle structurée par l’économie, au détriment des liens familiaux et communautaires.

 

Figurine de sanglier. Argent (crête) et alliage cuivreux ; orfèvrerie et fonte à la cire perdue (L. 9,7 cm). Sud-est des Alpes, IIe siècle av. J.-C. © Arch. Staatssammlung. Photo S. Friedrich.

Figurine de sanglier. Argent (crête) et alliage cuivreux ; orfèvrerie et fonte à la cire perdue (L. 9,7 cm). Sud-est des Alpes, IIe siècle av. J.-C. © Arch. Staatssammlung. Photo S. Friedrich.

Époque romaine/Postérité de l’art celtique (à partir de 15 av. J.-C.)

Quand Rome prit le contrôle des régions situées entre les Alpes et le Danube, en 15 avant notre ère, les grandes agglomérations fortifiées (les oppida) comme Manching avaient déjà disparu depuis plusieurs décennies. Pourtant, au Ier siècle de notre ère, les parures féminines régionales comportent des bijoux massifs en bronze délibérément inspirés des bijoux de l’âge du Fer. Il s’agit de la dernière trace de l’art celtique dans la région.

Informations pratiques

L’exposition est visible au musée de Bibracte du 13 avril au 11 novembre 2019

Tous les jours de 10h à 18h, et jusqu’à 19h en juillet et août (22h les mercredis d’été)

Accès à l’exposition compris dans l’entrée au musée :
7,50 euros en plein tarif
5,50 euros en tarif réduit, gratuit pour les moins de 12 ans