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décembre 2021

Découvertes culinaires de l’âge du Bronze à Livron-sur-Drôme (26)

Si le Moyen âge et la période moderne de Livron-sur-Drôme sont bien connus, c’est à un voyage inédit de plusieurs millénaires vers le passé que nous convie la fouille archéologique réalisée par Archeodunum en été 2020, au nord de la commune. Au milieu de vestiges des âges du Bronze et du Fer, des glands de chêne carbonisés sont une véritable curiosité.

 

 

Âges des Métaux et pièces d’occasion

C’est l’extension de Géant Pièces Auto 26, une entreprise spécialisée dans la pièce auto d’occasion, qui a motivé l’exploration d’un peu plus de 10 000 m2, sur prescription du Service régional de l’archéologie d’Auvergne-Rhône-Alpes. Les vestiges se concentrent sur une légère surélévation du terrain longée par des vallons (thalwegs) très peu marqués. L’occupation principale du site couvre l’âge du Bronze final (1400-800 av. J.-C.) et l’âge du Fer (800-50 av. J.-C.).

Présence gauloise assurée

C’est dans la moitié sud de la zone de fouille qu’Arthur Tramon et son équipe ont reconnu les traces les plus récentes, datées de la période dite de La Tène B-C (400-150 av. J.-C.). Elles se matérialisent par une concentration de structures en creux (trous de poteau, fosses). Aucun plan de bâtiment ne se détecte clairement, mais l’organisation générale suggère une orientation spécifique.

Des bûches et des galets pour cuisiner

On attribue à la transition Bronze final/Premier âge du Fer (vers 800 av. J.-C.) plusieurs aménagements, dont un foyer à pierres chauffantes. Cette structure prend la forme d’une fosse quadrangulaire de 2,10 x 1,10 m. Son fond était tapissé des restes d’une trentaine de bûches carbonisées, surmontées d’une charge constituée de très nombreux galets (651 galets pour un poids de 187 kg !). Le fonctionnement du foyer consistait à activer un feu vif pour chauffer les galets, qui restituaient ensuite la chaleur au cours d’une cuisson à l’étouffée.

 

Foyer à pierres chauffantes : la charge de galets. © Archeodunum SAS.

Foyer à pierres chauffantes : la charge de galets. © Archeodunum SAS.

 

 

Un habitat de l’âge du BronzeLes traces les plus anciennes datent de la fin de l’âge du Bronze, vers 1400-1000 av. J.-C. Il s’agit de tout un ensemble d’objets dispersés sur une surface d’environ 60 m2, correspondant, selon toute vraisemblance, au sol d’un bâtiment disparu : céramiques écrasées, outillage en pierre (éclats de silex, galets, meules à main) ou en terre cuite (fusaïole pour le filage), fragment de bronze.

 

Foyer à pierres chauffantes : les bûches en fond de structure. © Archeodunum SAS.

Foyer à pierres chauffantes : les bûches en fond de structure. © Archeodunum SAS.

 

Des restes de glands carbonisés

Élément le plus remarquable de la fouille, le sol du bâtiment était jonché de graines carbonisées, particulièrement autour d’un foyer. La spécialiste carpologue (Laurie Flottes) a identifié des glands, conservés depuis près de 3000 ans. Pour cette époque très ancienne, on a donc ici une preuve directe du ramassage (la glandée, qui a donné ensuite le terme péjoratif ‘glandeur’) et de la consommation des fruits du chêne – peut-être sous forme de farine ou de pâte.

 

Tamisage et étude des graines. © Archeodunum SAS.

Tamisage et étude des graines. © Archeodunum SAS.

 

Comme des châtaignes ardéchoises ?

Bien que plus tardifs, les textes romains rappellent l’importance de cette ressource alimentaire, souvent sollicitée en cas de disette. Au Ier siècle apr. J.-C., le naturaliste Pline l’Ancien écrit par exemple ceci (HN, VI, V, 1) : « Il est certain que de nos jours encore les glands sont une richesse pour plusieurs nations, même en temps de paix. Les céréales venant à manquer, on sèche les glands, on les moud, et on en pétrit la farine en forme de pain. » Il ajoute que le gland « est plus doux cuit sous la cendre » – ce qui n’est pas sans évoquer la charbonneuse découverte à Livron-sur-Drôme…

Et après ?

Sur le terrain, Géant Pièces Auto 26 a pu poursuivre l’extension de son site. Côté archéologie, les experts étudient l’ensemble des données recueillies (photos, dessins, objets), afin de comprendre au mieux comment on a vécu et mangé dans ce secteur de la vallée du Rhône aux deux derniers millénaires av. J.-C. Tous ces résultats contribuent à éclairer un passé encore mal connu. Ils sont rassemblés dans un rapport de fouille abondamment documenté.

 

Source : https://www.archeodunum.com/des-glands-de-3200-ans/