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juillet 2018

Chalcis, ancien port de Thèbes : un carrefour maritime médiéval en Grèce

Exposées dans les musées du monde entier, les céramiques byzantines sont les vestiges d’un ancien empire qui a dominé le bassin méditerranéen pendant près de dix siècles. Une chercheuse du CNRS¹, en collaboration avec des collègues grecs², s’est penchée sur une production de céramiques très répandue nommée « Main Middle Byzantine Production ». Ces céramiques retrouvées aux quatre coins de la Méditerranée gardaient le secret sur leurs origines jusqu’à ce que les scientifiques les rattachent à Chalcis, l’ancien port de Thèbes. Ils sont ensuite parvenus à déterminer que Chalcis était un centre maritime dont les marchandises furent acheminées de Marseille à Saint-Jean d’Acre jusqu’à Chersonèse en Crimée. Ces résultats viennent d’être publiés en ligne sur le site de Journal of Archaeological Science : Reports.

Au XIIe siècle, l’empire byzantin prospère, et la ville de Thèbes est un carrefour d’échanges commerciaux et culturels. Située entre Corinthe et Athènes, son débouché maritime est le port de Chalcis, qui s’inscrit dans un large réseau maritime. Outre les denrées agricoles et la soie, la vaisselle de table en céramique était exportée par bateau dans toute la Méditerranée. La plupart de cette vaisselle a été identifiée comme appartenant à la « Main Middle Byzantine Production ».

 

 

Céramique médiévale de Chalcis conservée au musée national de Céramique, Sèvres Manufacture et Musée nationaux, "Main Middle Byzantine Production" © S.Y. Waksman. Photo service de presse.

Céramique médiévale de Chalcis conservée au musée national de Céramique, Sèvres Manufacture et Musée nationaux, « Main Middle Byzantine Production ».
© S.Y. Waksman. Photo service de presse.

Les scientifiques ont étudié un lot de céramiques typique de cette production provenant d’une épave découverte à Kavalliani, au large de Chalcis dans le golfe d’Eubée. Grâce à des analyses réalisées au laboratoire Archéologie et archéométrie¹, ils ont pu obtenir la signature chimique de cette vaisselle et l’ont comparée avec celle de céramiques confectionnées à Chalcis. Les deux signatures concordant, ils ont pu conclure que la céramique « Main Middle Byzantine Production » était donc produite à Chalcis. L’étude a été poursuivie sur des pièces de musée des collections de la Cité de la céramique de Sèvres, en collaboration avec le Centre de recherche et de restauration des Musées de France (Ministère de la Culture).

Ces résultats donnent un nouvel éclairage sur les échanges dans le bassin méditerranéen à la période médiévale, et positionnent Chalcis comme un carrefour maritime exportant des marchandises dans un vaste territoire. Ils permettent également de donner une origine précise à un grand nombre de céramiques byzantines exposées aujourd’hui dans les vitrines des musées à travers le monde.

 

Notes

1. Laboratoire Archéologie et archéométrie (ArAr), (CNRS/Université Lumière-Lyon 2 / Université Claude Bernard Lyon 1) rattaché à la Maison de l’Orient et de la Méditerranée Jean Pouilloux
2. Ephorie des Antiquités Byzantines de Chalkida et Ephorie des Antiquités Sous-Marines d’Athènes

 

Référence

Archaeometric investigations of the tableware cargo of the Kavalliani shipwreck (Greece) and into the role of the harbour of Chalcis in the Byzantine and Frankish periods. Sylvie Yona Waksman, George Koutsouflakis, Jacques Burlot et Lucie Courbe. Journal of Archaeological Science : Reports, juillet 2018. DOI : 10.1016/j.jasrep.2018.06.027